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Jean-Yves PETIT : « Le système ferroviaire français est à bout de souffle » |
Vice-Président du Conseil Régional, l’élu EE-LV Jean-Yves PETIT préside la commission transports/éco-mobilité. Il a accepté de nous donner son point de vue sur le transport ferroviaire en PACA.
Moins connue que le développement économique, la formation professionnelle ou la création des lycées, la compétence transport représente environ 10% du budget régional. Pouvez vous nous expliquer le partage de responsabilité entre la région PACA et la SNCF (offre de service, desserte, tarifs sociaux, acquisition et renouvellement de matériel...) ?
En 2002, la Région est devenue autorité organisatrice des transports ferroviaires régionaux de voyageurs. En doublant le montant de la dotation financière transférée de l’Etat, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur a ainsi, en 10 ans, renouvelé la majeure partie du matériel roulant, financé le doublement des dessertes ferroviaires (et routières) régionales, cofinancé la modernisation des infrastructures ferroviaires régionales, réouvert la ligne Cannes – Grasse (et bientôt Avignon – Carpentras), fait installer des afficheurs temps réel dans toutes les gares et haltes ferroviaires, mis en place une nouvelle tarification des transports régionaux plus attractive, la gamme ZOU !
Par rapport à l’ensemble de ces décisions politiques et financières de la Région, la SNCF est force de proposition, de sa propre initiative ou, le plus souvent, à la demande de la Région. Elle chiffre et se fait rémunérer les modifications de services, et est responsable de la qualité du service aux voyageurs. La Région inflige des pénalités financières à la SNCF dès lors que les dysfonctionnements relevés excèdent la marge d’aléas prévue au contrat.
Vous déclariez* il ya quelques mois la nécessité de « rénover le système ferroviaire français ». Selon vous, est-ce que cela doit passer par une ouverture à la concurrence, des investissements plus lourds de l’Etat et des Conseils Régionaux, un dialogue permanent et plus constructif entre RFF et la SNCF ?
Nous sommes très nombreux aujourd’hui à considérer que le système ferroviaire français est « à bout de souffle », notamment en ce qui concerne son financement et sa gouvernance. Pour autant, l’expérience du fret ferroviaire en France, et de nos voisins européens, montre que l’ouverture à la concurrence ne constitue, en aucune manière, la solution miracle à ces problèmes. Elle ne prive en aucun cas le système ferroviaire français dans son ensemble de se réformer.
Plutôt que la poursuite d’un éclatement des structures et des responsabilités, générateur de nombreux surcoûts, il s’agit de parvenir à un pilotage unifié du système, impliquant au premier chef ses principaux acteurs que sont les Régions. Celles-ci ne veulent plus être les arbitres locaux de divergences d’appréciation entre RFF et les différentes parties de la SNCF, mais les pilotes d’un système régional où les différents directeurs d’exploitation disposent des marges de manœuvre nécessaires pour adapter le système aux besoins du territoire. Parallèlement, l’Etat doit retrouver un rôle de stratège et assumer ses responsabilités financières sur le réseau, sauf à transférer aux Régions des dotations plus importantes et/ou une plus large autonomie fiscale.
La région PACA a dernièrement été lauréate du grand prix « Service voyageurs ». Vous devez vous en féliciter. Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs la politique offensive de la région déployée pour les TER ?
Ce Grand Prix « Service Voyageurs » décerné par le jury mis en place par la magazine Ville Rail & Transports vient saluer les efforts entrepris depuis 2 ans par la SNCF et les services de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, sous mon impulsion, pour redresser et améliorer la qualité du service TER. Grâce à une mobilisation sans précédent de l’ensemble des acteurs du ferroviaire en région, les résultats ont été impressionnants : le nombre de trains supprimés a été divisé par 4, et celui des retards divisé par 2.
Pour autant, chaque semaine qui passe nous rappelle que ces résultats sont fragiles, et que le processus d’amélioration doit se poursuivre et s’intensifier, tant en ce qui concerne la maintenance de l’infrastructure et des matériels roulants, qu’en matière de traitement des situations perturbées, d’information des voyageurs, de présence humaine à bord des trains … C’est l’objet de la deuxième phase du plan PrioriT qui vient de nous être présentée par la SNCF.
En tant que spécialiste, pouvez-vous nous livrer votre sentiment sur les lignes à grande vitesse ? Faut-il les développer rapidement afin de mailler définitivement le territoire hexagonal ?
Le Schéma National des Infrastructures et des Transports (SNIT) prévoit la construction de 3 500 nouveaux kilomètres de ligne ferroviaire à grande vitesse. C’est totalement irréaliste financièrement, et c’est même un contre-sens sur le plan écologique … et social. La première urgence, ce sont les transports du quotidien, et l’entretien et la modernisation du réseau existant (LGV comprises) : il y manque déjà plus d’un milliard par an !
Pour autant, et pour citer l’exemple de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, on ne pourra améliorer et densifier l’offre ferroviaire en région, y compris pour les TER et les trains InterCités, que pour des augmentations de capacité du réseau, et celles-ci passent par certains tronçons au moins de ligne nouvelle, notamment dans les alpes Maritimes.
Vous « tête de pont » des transports à la région, Karim ZERIBI réélu à l’unanimité Président de la RTM en fin d’année 2011, le transport devient une affaire « écologiste », renforcé par le grenelle de l’environnement. Justement, que pensez vous de l’élu marseillais, et de son action dynamique au sein de la Régie ?
Nous travaillons main dans la main avec Karim Zéribi depuis maintenant plusieurs mois sur différents sujets, dont celui de la sûreté, de l’information voyageurs, de la tarification intermodale, de l’aménagement des pôles d’échanges et de la coordination des offres de transport dans l’aire métropolitaine marseillaise.
Nous partageons la même ambition de la nécessité d’un véritable RER à l’échelle de l’aire métropolitaine marseillaise, avec, par exemple, la transformation de la gare de St Antoine en véritable pôle d’échange (RTM, SNCF, bus du département, vélos, …). Cette idée vient d’être reprise par la coordination des conseils de développement des différentes agglomérations constituant ce territoire. Est-ce à dire que toute la société civile est devenue écologiste ?
*Marsactu : Octobre 2011
Monsieur PETIT, nous vous remercions pour l’ensemble de vos réponses.
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